Pourquoi nous avons lancé cet appel…
L’art est une chose commune à tous les hommes, l’une des caractéristiques de l’être humain. Dès qu’il devient rentable il perd son sens, car il se soumet alors à une loi qui n’est pas la sienne : celle du chiffre.
Il est donc très important que cette fonction soit défendue et portée par l’ensemble de la société comme un bien commun. Et non pas comme une production de marchandises. C’est très important pour vous et moi, pour nous tous. Car lorsque les marchands auront complètement réussi à tout réduire à la mécanique de la rentabilité, c’est une part de notre humanité qui aura disparu.
L’appel lancé par la revue Cassandre/Horschamp veut simplement rappeler cette vérité : il s’agit d’un enjeu de civilisation, d’un outil qui est le seul apte à nous permettre de résister à la déshumanisation générale à laquelle nous assistons dans tous les domaines.
Une société de surveillance et de profit, une barbarie moderne ou l’autre ne compte plus comme être humain véritable, mais comme source de gain possible ou comme danger potentiel.
C’est d’abord un appel qui s’adresse aux politiques pour qu’ils prennent conscience de l’importance de cet enjeu. Parce que nous avons besoin qu’ils en prennent conscience. C’est urgent maintenant. Ils doivent le faire.
La plupart du temps les politiques ne comprennent pas de quoi il s’agit quand on leur parle d’art et de culture : ils pensent d’abord qu’ils peuvent s’en servir pour briller, pour donner un peu de valeur ajoutée à leur région à leur département ou à leur ville.
Mais il faut aujourd’hui qu’ils comprennent qu’il s’agit là d’un enjeu infiniment plus essentiel – largement aussi essentiel que celui de l’écologie – pour notre survie à tous en tant qu’êtres humains véritables, en dehors du système marchand.
Pour l’écologie et tous les problèmes environnementaux, on a fini par le comprendre, tous, de gré ou de force, qu’il s’agit d’une question majeure pour notre survie.
Même les néolibéraux ont fini par le comprendre ou par faire semblant de le comprendre, car on ne peut plus échapper à la réalité du danger.
Mais pour l’esprit, pour l’art, pour la culture, beaucoup s’imaginent que ce n’est pas si important. Pourtant un être humain, c’est avant tout fait de symboles, ça se construit avec des idées et des émotions, et c’est de cela qu’il s’agit avec la culture : de la construction de l’humain. Simplement.
C’est ce que l’on appelle parfois l’âme, ce vieux mot qu’on n’emploie plus beaucoup, l’âme de l’humanité, qui est cause. Et en danger.
Et ce n’est pas une question seulement d’argent.
La question véritable c’est qu’il faut que la société tout entière participe de cette vie de l’art et de la culture dont nous avons tous un besoin vital.
C’est pour ça qu’il faut défendre le service public de l’art et de la culture. Parce qu’il ne faut pas que ça appartienne à quelques-uns, mais à tous.
C’est un bien commun de notre humanité.




